Trois auditions figuraient à l’ordre du jour de la commission des Affaires institutionnelles, ce vendredi 30 novembre en matinée, dans le but de continuer l’élaboration d’un rapport d’information sur l’intelligence artificielle. Il n’y en aura finalement eu que deux, le troisième expert n’ayant pu rallier le Sénat.

Mais ce qui aura marqué les membres de la commission (dont la cheffe de groupe MR Anne Barzin), ce sont les exposés des deux autres invités du jour, à savoir Dirk Van Damme (chef de la division Innovation et Mesure du Progrès, mais aussi directeur de l’Education et des Compétences au sein de l’OCDE) et Gérard Valenduc (professeur retraité de l’UCL et de l’Université de Namur, chercheur associé à l’Institut syndical européen).

Premier à s’énoncer, Dirk Van Damme s’est exprimé sur deux sujets complémentaires : la numérisation et ses conséquences sur les demandes de compétences sur le marché du travail, puis la numérisation dans le monde de l’enseignement.

L’occasion d’apprendre que, selon l’OCDE, les compétences numériques de la population sont moins développées que ce qui est généralement postulé, même chez les jeunes.

Autre inquiétude : l’enseignement prépare les futurs adultes à des tâches routinières, prévisibles…, c’est-à-dire les tâches qui seront reprises par l’intelligence artificielle, à l’inverse des tâches non-routinières qui nécessitent créativité, réflexion en profondeur, recherche… ou encore celles qui requièrent des aptitudes communicationnelles interpersonnelles.

Par rapport à l’enseignement, Dirk Van Damme a estimé que celui-ci évoluait lentement. « La question est de savoir avec combien de temps de retard il va réagir face à la numérisation, a-t-il demandé. On fait souvent l’erreur de croire qu’il suffit de mettre des ordinateurs et des logiciels à disposition dans les écoles. Mais le problème n’est pas là. Le fait est que les fournisseurs ont des raisonnements trop simplistes sur le vécu en classe et sur l’apprentissage numérique des élèves. Ces logiciels sont d’un niveau risible et n’encouragent pas à l’apprentissage. »

Les menaces de l’IA sur l’emploi

Gérard Valenduc a ensuite pris le relais. Il a notamment pointé les grandes différences entre les études les plus pessimistes et les autres plus optimistes en matière de menace de l’IA sur l’emploi. Les premières indiquent qu’une fois qu’une tâche peut être automatisée, les métiers qu’elle concerne sont amenés à disparaître. De l’autre côté, on précise qu’il faut prendre en compte l’hétérogénéité des métiers avant de tirer des conclusions.

Gérard Valenduc a également ajouté qu’il fallait s’intéresser au contenu du travail et éviter d’avoir une vision réductrice. « Une autre erreur est de croire que les innovations sont directement disponibles à tous une fois qu’elles sont au point, a-t-il complété. L’appropriation se fait à un rythme plus lent. »
Suite des travaux sur l’intelligence artificielle dans les prochaines semaines.